
Un peu plus tard, aux alentours de treize heures.
Les deux jeunes gens avaient installé leur repas sur la couverture que Marie avait aussi apportée et profitaient de ce moment, silencieux, mais ne sachant pas quoi se dire.
- Comment trouvez-vous le jardin ? demanda finalement la jeune femme.
- C'est magnifique, sourit Samuel. J'aime beaucoup les couleurs des fleurs et le petit lac aussi.
- J'ai eu beaucoup de travail, si vous aviez vu dans quel état c'était !
- Les mauvaises herbes, les arbustes et rosiers morts, je sais...
- Vous savez, que voulez-vous dire ? Attendez une minute, ne me dites pas que... Que vous m'avez vu faire tout cela ?!
Le silence du jeune homme répondit à sa place.
- Mais depuis combien de temps êtes-vous de retour ?
- Environ un mois.

- Un mois ?? s'exclama Marie. Mais... Mais... Tout le monde vous croit mort, pourquoi ne vous êtes vous pas manifesté plus tôt ? Ne serait-ce que que pour votre mère et votre frère ?!
- Vous n'avez dit à personne que j'étais de retour j'espère ?
- Non, mais...
- Tant mieux, la coupa-t-il, je ne tiens pas à les revoir, dit-il en détournant ensuite son regard de la jeune femme qui comprit qu'il faisait plus allusion à son frère qu'à sa mère.
Un nouveau silence s'installa, durant lequel Marie préféré garder la tête baissée. Aucun des deux ne prit la parole ; les minutes parutent s'écouler très lentement.

- Quelle est la date de votre mariage ? demanda finalement Samuel.
Le ton sur lequel il avait posé sa question se voulait être détaché, mais ne l'était pas vraiment. Marie resta figée, la tête toujours baissée, face à cette demande. Les larmes lui montèrent aux yeux mais elle les refoula tant bien que mal et releva la tête.
- Dans un peu moins d'un mois.
Le front du jeune homme se plissa légèrement, mais il acquiessa cependant lentement à la réponse qui lui avait été fait. Il tourna de nouveau la tête, ne regardant ainsi plus Marie, ce qui laissa à la jeune femme l'opportunité de l'observer à sa guise.
- Vous avez changé, dit-elle doucement au bout de quelques secondes.
Samuel ne répondit rien sur le coup, fixant simplement la jeune femme. Il se redressa lentement et s'assit, les bras sur les genoux, sans lâcher Marie des yeux.
- Vous aussi vous avez changé... Vous ne ressemblez pas à la Marie Beauregard que j'ai connu il y a cinq ans. Je ne vois plus le naturel et le côté sauvage qui m'ont fait m'éprendre d'elle, je ne vois plus l'étincelle insolente qui animait son regard... Tout ce que je vois aujourd'hui n'a plus rien à voir avec elle...

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